Plus que jamais, la musique pop est un instrument du soft power

Dans l’imaginaire collectif, la musique pop reste avant tout un genre musical prônant l’amour, l’amitié et toutes les valeurs inhérentes aux relations sociales. Derrière cette culture se cache pourtant un système entier, voué en partie ou en totalité aux causes du soft power des pays à l’origine des œuvres.

SolLa culture pop et le soft power, une lointaine interconnexion

En parlant des États-Unis, beaucoup pensent à leur puissance économique, leurs interventions militaires controversées ou l’ampleur de leur arsenal de guerre. D’autres préfèreront évoquer le fameux rêve américain, les plages de Miami, la concentration de stars à Hollywood et les derniers tubes des charts US. Toutes ces images sont le fruit d’une politique d’influence intelligemment orchestrée par les plus hautes instances dirigeantes américaines. Les clichés sur les capacités militaires résultent de la perception de l’histoire du pays et sa diplomatie par la force dite du « hard power ». Les représentations du mode de vie américain découlent par contre d’une autre stratégie d’influence : le « soft power ».

Depuis des décennies, la musique pop fait partie intégrante du soft power des États-Unis d’abord, puis de toutes les nations désireuses d’obtenir une reconnaissance à travers le monde. L’idée d’utiliser ce genre musical et tout son univers comme outil de propagande nait dès l’apparition des premières stars du pop et surtout la naissance des majors de disque. Au début des années 30, sortir un album exige forcément la maîtrise de plusieurs techniques à tous les échelons, depuis la conception du vinyle – produit dérivé du pétrole – jusqu’à la commercialisation des œuvres.

Les dirigeants américains ont vite fait de s’impliquer sur les chaînons de ce marché complexe. Le gouvernement accorde dès lors un financement aux compagnies de disque, facilite l’accès aux matières premières par les majors de disque et instaure un réseau de promotion couvrant tout le territoire US. Les évolutions technologiques aidant, le Royaume-Uni, la France, le Japon et les autres grandes puissances mettent en place leur propre soft power de la musique pop, sans toutefois égaler l’emprise américaine.

Un cas d’étude évident : la Corée du Sud

La mainmise de la culture pop anglo-saxonne sur le monde ouvert dure plusieurs décennies et reste conséquente aujourd’hui encore. Et pourtant, aux côtés de l’empire musical/cinématographique américain et le légendaire savoir-faire rock anglais, d’autres pays ont su populariser leur propre musique pop, et projeter parallèlement une image positive de leur culture à travers le monde. Le cas de la Corée du Sud en est l’exemple le plus frappant ces dernières années.

Longtemps caché dans l’ombre de ses mastodontes de voisins chinois et japonais, le « Pays du matin calme » entreprend un vaste renouvellement de son industrie culturelle au milieu des années 90. Les séries TV ou « dramas » commencent à s’exporter chez ses voisins asiatiques, quelques années seulement après le remodelage du soft power sud-coréen. Entre 2000 et 2005, « Winter Sonata » — un feuilleton de 20 épisodes sur les sentiments amoureux de la femme asiatique – réussit même l’exploit de s’imposer au Japon, l’ancienne puissance coloniale qui a imposé ses lois et sa culture à la Corée du Sud. Tout un paradoxe…

Non contente de ses séries dramas, la Corée du Sud participe financièrement et structurellement au développement du K-Pop, une musique pop teintée de R’n’b, de rock, de techno et d’autres influences, auxquelles s’ajoutent des sonorités propres à la péninsule. Les Baby Vox, H.O.I et autres NRG ne tardent pas à s’exporter en Chine et dans toute l’Asie du Sud-Est, avant de rencontrer un franc succès aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine. Outre leur style musical, ces groupes ont exporté à travers le monde un pan entier du mode de vie et de la façon de pensée de la Corée du Sud. Quand on aperçoit le tube planétaire Gangnam Style de Psy, on imagine assez facilement pourquoi les dirigeants sud-coréens tiennent tant à financer et à encourager l’industrie pop de leur pays.

Musique pop et culture 2.0, duo prometteur du soft power

Le phénomène Gangnam Style a mis la lumière sur le modèle de distribution du K-pop dans le monde, un modèle qui n’est autre que le vecteur de projection du soft power sud-coréen – et également celui des autres nations – ces dernières années. Entre sa date de sortie, le 15 juillet 2012, et le 1er juillet 2013, le titre cumule 1,7 milliard de vues sur YouTube. Sans compter les milliers de reprises publiées par les fans du monde entier. Jamais aucune œuvre, même produite par les majors américains, n’a atteint de tels sommets sur la plateforme d’échanges multimédia. Gangnam Style n’est pourtant pas le premier morceau de K-pop, ni le dernier, à rencontrer un succès sur YouTube.

Depuis 2009, les maisons de production sud-coréenne ont créé leur propre chaîne sur le site de partage, le but étant d’assurer une couverture internationale et diversifiée aux groupes de la péninsule. Pari réussi, puisque les chanteurs sud-coréens trustent des places entières dans le panier haut des artistes les plus vus sur YouTube. Ironiquement, les Sud-coréens ont su tirer profit d’un outil de conception américaine, censé propager l’influence culturelle US, pour diffuser leur propre culture. C’est dire l’importance prise par les réseaux sociaux et les médias 2.0 dans la stratégie du soft power par la musique pop.

Publicités