L’International Herald Tribune change de nom

En 2013, le légendaire International Herald Tribune s’apprête à changer de nom. Un choix dicté par la nouvelle stratégie marketing du New York Times auquel l’Herald appartient.

Dans le milieu de la presse, l’avènement d’internet a longtemps été synonyme de nouveaux défis à relever. La baisse tendancielle des revenus des publications les a contraints à développer de nouveaux modèles économiques, moins couteux, et à déployer de nouvelles stratégies marketing, plus percutantes.

Réduire les coûtsIHT

Il n’est pas jusqu’aux institutions du journalisme tel que le New York Times qui n’a pas dû réfléchir à une façon d’évoluer pour préserver ses parts de lectorats. Partout, le temps disponible des lecteurs se réduit sous la pression de la concurrence de la télévision et d’internet, mais il faut pourtant survivre. À cet effet, le groupe New York Times a choisi la stratégie de la concentration : après avoir vendu plusieurs titres d’envergure tels que le Boston Globe, le groupe de presse a notamment gardé l’International Herald Tribune en échange d’un changement d’identité pas aussi incongru qu’on pourra le penser.

L’annonce a été faite à ce sujet le 25 février 2013. À l’issue de cette même année, l’International Herald serait connu sous le nom d’International New York Times. Ce faisant le New York Times, premier du nom, espère séduire un lectorat étranger. Diversifier son audience à l’aide d’une marque unique pourrait paraître paradoxal, mais à l’heure de la mondialisation, c’est bien de cette façon que le New York Times entend conserver l’intégralité des actifs de l’Herald. Au début de l’année 2013, ce dernier journal recensait 220 000 lecteurs quotidiens, 1 100 personnels, et un réseau de distribution étendue à travers 160 pays. Depuis le rachat de l’Herald par le New York Times, la plupart des reporters de ce premier journal travaillaient aussi pour le Times ; pour eux, le changement de nom ne représente donc qu’une formalité eu égard à la réalité de leur travail.

Pour le groupe de presse en revanche, ce changement va faire la différence. Sur internet notamment, les deux journaux seront accessibles depuis un seul et même site web. Leur nom désormais apparenté rendra la publicité plus simple à organiser et donc moins chère. C’est ici bien loin d’être un détail de gestion, car la réduction des coûts est aujourd’hui un enjeu de survie pour la presse traditionnelle.

Un retour aux sources

Le changement de nom de l’Herald pourrait passer pour une décision drastique, mais elle ne l’est pas tant que cela. À sa première parution, l’Herald était censé incarner la version européenne du New York Herald ; le journal était alors connu sous le nom de Paris Herald. En changeant de nom aujourd’hui, l’Internation Herald Tribune revient donc à ses premières fonctions : assurer la présence internationale d’un journal américain.

Plus tard en 1966, le New York Herald fit faillite. Puis il fut racheté par le New York Times et la Washington Post qui le baptisèrent du nom d’International Herald Tribune. C’est ainsi que l’Herald a cessé d’être un relai d’information strictement américain pour devenir le fameux journal international que le monde a connu depuis. En 2002, le New York Times a entrepris de devenir l’unique possesseur de l’Herald. Le Washington Post a ainsi été poussé à vendre ses parts. C’est à partir de ce moment que le New York Times a pu envisager de faire de l’Herald sa propre édition internationale.

Prolongeant une histoire commencée il y a des années, l’International Herald Tribune devient en 2013 l’édition internationale d’un grand journal américain, le New York Times. Un simple changement de nom pourrait paraître négligeable, mais dans le monde de la presse écrite cela n’a rien d’anodin. C’est en effet l’illustration même de la lutte des grands journaux pour la compétitivité, d’une inexorable tendance à la concentration, et que le poids des mots est encore grand sur le monde du business.

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